Clinique des animaux des jeunes de la rue

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Voir un extrait d'un article (jpg 311 k) paru dans Québec Sciences

À l’automne 2000, le père Emmet Jones « Pops » de l’organisme  « le bon dieu dans la rue » a contacté la direction de la Faculté de médecine vétérinaire afin de présenter la problématique des animaux pour les jeunes de la rue. En effet, le personnel du centre du jour avait noté que certains chiens étaient parfois malades, les jeunes de la rue ayant peu d’argent pour les faire soigner. L’information sur les soins était également souvent absente. Comme suite à ces constatations, « Pops » a été invité à présenter une conférence aux étudiants et au personnel de la FMV. Devant l’intérêt marqué des étudiants vétérinaires à s’investir dans cette cause sociale et suite à l’implication des docteurs André Dallaire, vice-doyen aux études, Diane Blais, vice-doyenne aux affaires étudiantes, et de quelques professeurs, le projet « Les animaux des jeunes de la rue » a été mis sur pied.

Le centre de jour « Dans la rue » permet l’accès aux chiens dans ses locaux. Les jeunes peuvent manger, aller à leurs cours, faire différentes activités d’intégration alors que leur animal est au chaud et s’amuse avec leurs amis à quatre pattes dans un local qui leur est réservé. En acceptant la présence des animaux près des jeunes, Pops a pu constater une meilleure assiduité aux activités.

La compagnie pharmaceutique Pfizer a été sollicitée pour contribuer à la réalisation du projet et depuis janvier 2001, elle fait don de tous les vaccins, antiparasites nécessaires à la prévention et au traitement des animaux, ainsi que plusieurs médicaments de base permettant de traiter certains problèmes de santé. La compagnie Sys-Vet participe également au projet depuis août 2001 par le don d’un ordinateur équipé d’un logiciel de gestion des dossiers médicaux. Ainsi, tous les dossiers sont informatisés, ce qui permet d’effectuer plus efficacement le suivi des animaux.

Le projet met à contribution les étudiants de 3 e année de la Faculté de médecine vétérinaire et les étudiants du programme de technique en santé animale du cégep de Saint-Hyacinthe. Le projet s’inscrit dans le cadre d’un cours au Doctorat en médecine vétérinaire. Cette activité étant fort populaire, nous procédons par tirage au sort afin de déterminer les noms des six étudiants qui assisteront chaque mois à cette soirée de clinique.

Ce projet permet d’offrir aux étudiants une exposition en clinique de médecine vétérinaire générale, de rencontrer des jeunes de la rue et de mieux comprendre le phénomène de la marginalisation.

Cette activité se déroule un mercredi soir par mois, et ce, durant toute l’année. Au fil des mois, le nombre de visites n’a cessé d’augmenter. Nous examinons présentement de 20 à 30 cas à chaque soirée de clinique au centre de jour. En quatre ans, plus de 650 patients ont ainsi été examinés pour un total d’environ 1 500 consultations.

Les soirées cliniques se déroulent au centre de jour de l’organisme « le bon dieu dans la rue » (angle Papineau et Ontario à Montréal). Les intervenants du centre sont responsables de tenir le cahier de rendez-vous. À chaque soirée de clinique, une équipe de six étudiants vétérinaires est assistée d’étudiants en technique de santé animale. Trois cliniciens, un interne ou un résident, deux professeurs et un responsable de la gestion des laboratoires de la Faculté se joignent à l’équipe.

À l’arrivée, le jeune est accueilli par deux étudiants qui ouvrent le dossier médical (identification du propriétaire, description de l’animal, raison de la visite, etc.). Par la suite, il est invité à venir rencontrer une équipe d’étudiants qui font les démarches suivantes sous supervision constante d’un vétérinaire :

  • une prise de l’anamnèse (état de santé général de l’animal, alimentation, les problèmes avec leur animal);
  • un examen général complet est effectué;
  • des traitements préventifs et/ou curatifs sont réalisés ;
  • de l’information est donnée en regard aux soins à apporter à leur animal et à la prévention des maladies. (Celle-ci prend encore plus d’importance quand on pense que plusieurs de ces animaux passent la majeure partie de leur vie dans la rue et dans les endroits publics. Le fait de voir une médaille de vaccination contre la rage au cou des animaux rassure les passants et les jeunes se sentent plus en sécurité.)
  • à la fin de la rencontre, le jeune prend un prochain rendez-vous, si nécessaire, auprès de l’intervenant du centre, afin d’assurer le suivi de leur animal.

Chaque équipe est supervisée par un vétérinaire. Tout le temps nécessaire est accordé au propriétaire afin de répondre à toutes ses interrogations.

La soirée de clinique est une façon de communiquer et d’atteindre ces jeunes. Les animaux deviennent rapidement une source de discussions, une façon de briser la glace. Les intervenants du centre utilisent également cette soirée pour discuter avec les jeunes alors qu’ils attendent leur consultation vétérinaire. En effet, ils ont pu constater que c’est un moment privilégié parce que les jeunes se confient beaucoup plus facilement en petit groupe que lors des dîners communautaires quotidiens au centre. L’animal a également un rôle à jouer puisqu’il sert de premiers contacts entre le jeune et l’intervenant.

Des discussions pertinentes surviennent également lors de l’examen de l’animal. Les jeunes ont un respect énorme pour leur compagnon et entretiennent une relation très particulière avec lui. Il représente pour eux une sécurité, une protection contre le froid et, dans bien des cas, leur seule famille. Plusieurs nous racontent comment l’histoire d’amour a débuté, comment ils parviennent à nourrir leur compagnon et à lui procurer une qualité de vie qui est parfois impressionnante : plusieurs de ces jeunes fournissent deux repas par jour à leur animal alors qu’ils n’en auront peut-être pas un seul complet eux-mêmes.

En conclusion, l’activité est valorisante pour tous. Pour les étudiants en médecine vétérinaire, elle représente une chance unique d’acquérir une expérience clinique très enrichissante. Le contact chaleureux que ces jeunes établissent avec les étudiants et la démonstration de leur reconnaissance aide à réaliser l’importance de développer dans la pratique de la médecine vétérinaire une ouverture d’esprit et une grande empathie.

Pour ce qui est des jeunes de la rue, les échanges que nous avons avec eux permettent de les sensibiliser aux problèmes de santé qui peuvent affecter leur compagnon ainsi qu’à l’importance de l’examen de santé annuel et de la médecine préventive (alimentation adéquate, vaccination, traitements des parasites internes et externes, troubles de comportement, nécessité de l’examen annuel, etc.). Les échanges permettent également de les renseigner sur la santé publique en les sensibilisant aux risques de zoonoses (maladies transmissibles des animaux aux humains) comme les puces, la teigne, la rage, etc. Une plus grande responsabilisation face à l’importance de la stérilisation de leur animal de compagnie, afin d’éviter une surpopulation et/ou des euthanasies inutiles est aussi atteinte. Non seulement, l’animal n’est plus le seul contact qu’ils ont avec le monde, mais il devient, un peu grâce à nous, une façon de survivre et de s’en sortir…

 

 

 

 

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