colverts, un canard noir, un canard chipeau, trois canards d’Amérique, un canard souchet, une sarcelle à aile bleue, une sarcelle d’hiver, un harle couronné, trois canards pilets et même un busard St-Martin.
Les trois canards colverts soumis vivants étaient alertes mais incapables d’utiliser leurs pattes et leurs ailes. Un des individu pouvait encore agripper avec ses doigts. Ces spécimens seront donc examinés par les spécialistes du CQSAS afin de déterminer la cause de cette mortalité.
Rapport de nécropsie
Un diagnostic préliminaire de botulisme aviaire avait été posé en tenant compte de l’anamnèse (paralysie observée chez des individus vivants) et de l’absence de changements morphologiques majeurs à la nécropsie, hormis ceux suggérant le dépérissement (émaciation, tractus digestif vide, stase biliaire). Ce diagnostic a été confirmé par la détection de la toxine botulinique de type C chez les canards colverts moribonds qui avaient été soumis encore vivants. Le test de « protection des souris » effectué par le laboratoire du MAPAQ a permis de mettre la toxine en évidence.
Veuillez noter par ailleurs que l'évaluation histomorphologique des tissus de ces oiseaux a révélé un « background » de petites lésions inflammatoires chroniques, la plupart d'origine parasitaire. Un individu présentait des changements intestinaux suggérant une entérite fibrinonécrotique légère et très segmentaire probablement associée à la présence d'un trématode du genre Spheadiriotrema pseudoglobulus. Un autre présentait du parasitisme sanguin causé par un protozoaire du genre Plasmodium sp. La recherche d'influenza aviaire s'est avérée négative chez ces oiseaux.
Le botulisme est une maladie de la sauvagine causée par l’ingestion d’une toxine neuroparalytique produite par la bactérie Clostridium botulinum. Cette condition s’observe le plus fréquemment et avec le plus d’intensité dans l’ouest de l’Amérique du Nord. Les pertes affectant la sauvagine peuvent être très variables mais spectaculaires, i.e. environ 200000 canards sont morts de botulisme sur le Lac Pakowki en Alberta en 1995 tandis qu’on estime qu’un minimum de 1.5 millions de canards sauvages sont morts de botulisme en Californie entre 1934 et 1970! La maladie s’observe mondialement.
Il existe plusieurs types de Clostridium botulinum. Le type C est la principale cause de botulisme chez les oiseaux sauvages. Cette bactérie se retrouve généralement dans les sédiments et la matière organique en décomposition dans les cours d'eau. Les oiseaux consomment régulièrement des spores de la bactérie en s'alimentant. Lorsque l'oiseau meurt pour toute autre raison, sa carcasse en décomposition devient un bon substrat pour la croissance de la bactérie et la production de toxines. Les larves d'invertébrés qui s'alimentent sur la carcasse peuvent contenir de grande quantité de toxines, bactéries et spores. Lorsque les oiseaux ingèrent ces invertébrés, ils peuvent mourir d'une intoxication et leur carcasse devient alors un substrat pour le développement de la bactérie et une source de nourriture pour les invertébrés... On peut alors observer des mortalités élevées d'oiseaux aquatiques et de rivage.
L’absorption de la toxine par l’oiseau causera essentiellement de la parésie (faiblesse des membres) ou de la paralysie. L’intensité de signes observés dépendra de la dose absorbée ainsi que du temps écoulé depuis l’absorption. Au départ, l’oiseau pourra avoir de la difficulté à s’envoler ou à se poser. Ceci pourrait alors être suivi d’une faiblesse au niveau des pattes, les ailes deviendront tombantes et l’oiseau sera alors couché dans les herbes, incapable de se déplacer et de s’alimenter. Avec le temps, la paralysie complète des membres s’installe, les nictitantes (troisième paupière présente dans les yeux des animaux) deviennent immobiles (voir la photo), un écoulement peut s’observer au niveau des yeux et les paupières se colleront. Quand les muscles du cou deviennent paralysés, on peut observer sur le terrain des canards qui auront un cou anormalement mou avec la tête tombante (voir la photo). La cause définitive de la mort peut donc, indirectement, être la noyade, l’insuffisance respiratoire, l’inanition, le manque d’eau ou encore la prédation.
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