Quels facteurs prédisposent le bulldog à faire un arrêt respiratoire lors de l’induction et à l’extubation, que faire lorsque cela se produit?

Mylène Taillefer


La physionomie du crâne du bulldog implique que les voies respiratoires supérieures sont confinées dans un espace restreint. Ainsi, le bulldog souffre du syndrome obstructif des voies respiratoires supérieures des brachycéphales. Ce syndrome se traduit par le fait que

I. Environ 100% des bulldogs ont un voile de palais trop long;

II. Environ 50% de ceux-ci présentent une sténose des narines;

III. Environ 30% sont aussi aux prises avec des problèmes au niveau laryngé tels l’éversion des ventricules latéraux et le collapse laryngé.

D’autres pathologies, plus rarement observées, font également partie de ce syndrome. Par exemple, la paralysie laryngée, le collapsus et l’hypoplasie de la trachée. Toutes ces anomalies entravent sévèrement la fonction respiratoire du bulldog.

Les drogues utilisées lors de la pré-médication et de l’induction de l’anesthésie peuvent engendrer une dépression plus ou moins importante des centres de la respiration. De plus, lors de la sédation, les muscles du pharynx et du larynx vont se relâcher et le passage de l’air sera entravé. Ce phénomène peut devenir suffisamment sévère pour que les muqueuses de l’animal deviennent cyanosées, puis qu’il tombe en apnée.

Que faire si cela survient? Il faut immédiatement intuber l’animal en utilisant un laryngoscope. L’intubation est souvent difficile et il faut parfois utiliser les doigts pour rétracter les tissus et atteindre le larynx. Si nous sommes incapables de procéder à l’intubation, il faut alors faire une trachéostomie d’urgence.

Ensuite, il faut assister la ventilation manuellement jusqu’à ce que l’animal retrouve une respiration spontanée. Il est important de vérifier l’intégrité de la fonction cardiaque i.e. fréquence cardiaque, pouls, TRC, couleur des muqueuses, pression sanguine.

L’importance de l’oxygénothérapie prend ici toute sa valeur. En effet, lorsqu’un animal reçoit de l’oxygène (100%), au masque, durant la période où la prémédication agit , nous disposons de 6 à 8 minutes pour l’intuber en cas d’arrêt respiratoire i.e. intervalle de temps après lequel les dommages secondaires à l’hypoxie débuteront. Si notre animal respire l’air ambiant, nous ne disposons que de 90 à 120 secondes! Parce que la quantité d’oxygène disponible dans le poumon a été multipliée par 5 : air = 20% oxygène 100% oxygène = 100% oxygène.

Une fois l’épisode contrôlé, il faut adresser la cause sous-jacente. Dans notre cas, la correction chirurgicale de la sténose des narines et la résection d’une portion du voile de palais mou sera effectuée.

Le réveil constitue également une période critique. En effet, l’inflammation et l’effet résiduel de certaines drogues peuvent entraîner de l’apnée suite à l’extubation. Donc l’extubation devrait être retardée jusqu’à ce que l’animal ne tolère plus son tube. La pose d’un tube intra-nasal pour assurer une oxygénothérapie par cette voie en post-opératoire est bénéfique. L’administration de corticostéroïdes est aussi souhaitable pour réduire l’inflammation et l’obstruction causée par l’enflure des tissus localement. La réintubation ou la trachéostomie sont parfois nécessaires.


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