Quels sont les risques de régurgitations/vomissements et leurs impacts chez les chiens de race brachycéphale?

Brigitte Rochette


Les chiens de race brachycéphale ont plus tendance à vomir et/ou régurgiter par rapport aux autres races. Ceci s'explique par plusieurs phénomènes: premièrement, les races brachycéphales ont souvent un voile de palais trop long. Ce dernier bute contre et irrite la région du larynx. Ceci peut stimuler des régurgitations et/ou vomissements ainsi que du "gagging". De plus, les chiens brachycéphales ont souvent un tonus vagal élevé. Ceci cause, entre autre, une stimulation parasympathique plus élevée que la normale au niveau des viscères. Il y a donc plus de sécrétions d'HCl au niveau de l'estomac, ce qui augmente les risques de lésions lors de régurgitation. Un autre phénomène impliquant ces races est leurs troubles respiratoires générés par ce syndrome brachycéphale. Un animal hypoxique peut être en état d'acidose métabolique, ce qui résulte souvent en nausée et vomissements. Les races brachycéphales ont, en plus, une incidence plus élevée de sténose pylorique et de délai du vidange gastrique. Ceux-ci les prédisposent donc aux vomissements.

Les régurgitations/vomissements peuvent causer des irritations au niveau des voies respiratoires. Ceci peut résulter en de l'inflammation à ce niveau, en plus de l'inflammation causée par la procédure chirurgicale. Les risques de troubles respiratoires sont donc augmentés de façon importante si les risques de régurgitations ne sont pas contrôlés.

L'impact le plus significatif des régurgitations/vomissements est celui de la pneumonie par aspiration.Un voile de palais trop long peut recouvrir l'épiglotte et l'empêcher de se refermer. Une pneumonie par aspiration peut donc survenir suite à des vomissements. Une étude a démontré que sur 56 chiens qui ont subit une chirurgie pour le syndrome d'obstruction des voies respiratoires chez les brachycéphales, 8 sont morts dans les 36 heures suivant la chirurgie, dont 6 sont morts de pneumonie par aspiration. Il est aussi intéressant de noter que 5 de ces 6 chiens étaient des bulldogs (Lorinson). En effet, plusieurs études ont démontré que le bulldog est la race la plus atteinte du syndrome brachycéphalique. De plus, certains considèrent qu'elle est la race avec le plus haut risque de pneumonie par aspiration. Les bulldogs ont tendance à souffrir d'hypomotilité oesophagienne due à une déviation de l'oesophage. C'est une race qui a aussi une tendance à l'obésité et ceci peut également être un facteur. Le reflux gastroesophagien est augmenté lorsque des animaux obèses subissent une chirurgie et, donc, le risque de pneumonie par aspiration est augmenté.

Les risques de régurgitations/vomissements et leurs impacts justifient donc certaines précautions à prendre lorsqu'on anesthésie un chien de race brachycéphale. Le jeûne avant la chirurgie est encore plus important et il est même recommandé de jeûner l'animal pour un minimum de 24 heures avant l'intervention au niveau des voies respiratoires. L'intubation endotrachéale est indispensable lors de l'anesthésie et l'extubation doit être faite le plus tard possible. Le choix des substances à utiliser en pré-médication est également important. On veut utiliser des drogues qui ont, entre autres, des effets anti-émétiques, telles que l'acépromazine, le glycopyrrolate, et la mépéridine.

En conclusion, lors de l'anesthésie d'un chien de race brachycéphale, il ne faut pas sous-estimer les risques de régurgiation. On se doit de respecter les précautions à prendre pour ne pas se retrouver avec un patient mort d'une pneumonie par aspiration.


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