Quels sont les effets de l’hyperglycémie et de l’hypoglycémie sur l’anesthésie ?

(Chantal Proulx)


Il est parfois nécessaire d’anesthésier un chien souffrant de diabète. Le diabète, comme la plupart des désordres endocriniens, affectent les mécanismes de contrôle de l’homéostasie. L’anesthésie générale et la chirurgie viennent également compromettre cet équilibre corporel. La considération anesthésique principale avec un animal diabétique est donc de stabiliser et de régulariser l’état du patient avant l’anesthésie. En effet, si la condition est déjà contrôlée, peu de problèmes sérieux seront rencontrés. À cet effet, une hospitalisation et/ou un examen le jour précédent la chirurgie devrait être effectué pour une évaluation hématologique et biochimique complète dans le but de déterminer si le diabète est contrôlé ou non. Toute chirurgie élective majeure devrait être reportée jusqu’à ce que la condition du patient soit stable.

Chez un patient diabétique non-contrôlé, c’est l’hyperglycémie avant la chirurgie et l’hypoglycémie qui pourrait survenir pendant la chirurgie que l’on doit prévenir absolument. Une hyperglycémie et une cétonémie prolongées peuvent entraîner de l’acidose métabolique, de la déshydratation suite à la présence d’une diurèse osmotique, un collapse circulatoire, de l’insuffisance rénale, un coma et la mort. Même en cas d’urgence, si la vie de l’animal n’est pas en danger, on prend quelques heures pour le stabiliser. Un animal en cétoacidose peut être contrôlé en 6 à 8 heures avec de l’insuline, des fluides et des électrolytes.

Si les doses d’insuline administrées ne sont pas ajustées, le jeûne avant chirurgie et l’inappétence post-chirurgie peuvent conduire à un état d’hypoglycémie. Tout problème produisant une légère baisse de la glycémie sera responsable de l’arrêt du fonctionnement des neurones et de l’apparition d’un coma diabétique. La mort de l’animal non traité est alors consécutive à la déshydratation, à la cétoacidose et au coma. Ainsi, on devrait prévoir la chirurgie tôt le matin de façon à avoir plusieurs heures pour le suivi postopératoire. Une fluidothérapie de lactate de Ringer et de dextrose 5% devrait être instituée pendant la chirurgie pour prévenir l’hypoglycémie. La glycémie devrait être mesurée aux heures puis aux 6 heures pendant la période de réveil jusqu’au retour de l’alimentation per os.

Les principes de management d’un patient diabétique en anesthésie incluent donc la prévention de l’hypoglycémie, la prévention de la cétoacidose, le contrôle d’une hyperglycémie sévère et le maintien d’une balance normale de fluides et d’électrolytes. Le protocole d’anesthésie utilisé chez ces patients est donc beaucoup moins critique que les traitements de support pendant et après l’anesthésie et la chirurgie. Les patients diabétiques étant souvent âgés, ils peuvent être traités comme des patients gériatriques pour l’élaboration de nos protocoles mais l’essentiel, quand on anesthésie un chien diabétique, est de stabiliser l’état de notre patient avant tout.


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