Est-il justifié ou non d’utiliser l’acépromazine en pré-médication pour une chirurgie correctrice d’une persistance du canal aortique?

(Louis Huneault)


Pour commencer, il faut se souvenir qu’un animal qui présente une persistence du canal aortique est la plupart du temps sans signes cliniques. Nous devons donc le considérer comme un animal normal. Il faut cependant tenir compte de l’âge de ces patients puisque les chirurgies correctrices de cette anomalie congénitale se déroulent habituellement chez des patients pédiatriques qui ont entre 8 et 16 semaines.

Parmi les différents sites d’action de l’acépromazine, il y a les récepteurs post-synaptiques dopaminergiques du cortex cérébral et de la moelle allongée. La drogue y est inhibitrice et perturbe entre autres les mécanismes de thermorégulation. Il faut donc faire attention à l’hypothermie puisqu’en plus de l’effet hypothermiant de la drogue, la chirurgie se déroule à thorax ouvert et nous sommes la plupart du temps en présence de jeunes animaux à faible poids qui ont peu de contrôle vasomoteur.

L’acépromazine est un tranquillisant majeur. Son effet anxiolytique est intéressant puisqu’il diminue les catécholamines circulantes. Celles-ci peuvent causer des arythmies par leurs effets sur les récepteurs adrénergiques du myocarde. Nous voulons donc à l’aide du tranquillisant garder au plus bas possible ce taux de catécholamines puisqu’il serait sinon difficile pour le chirurgien de faire des manipulations délicates autour d’un coeur arythmique ou tachycarde.

L’acépromazine diminue les contractions ventriculaires prématurées et les arythmies qui apparaissent pendant la chirurgie. La manipulation de structures adjacentes au coeur pendant la chirurgie cause toutes sortes d’anomalies du rythme de celui-ci. Aussi, il y a souvent bradycardie suite à la manipulation du nerf vague. Si elle devient trop importante, il est indiqué d’administrer du glycopyrrolate à effet.

Comme effet sur le système cardio-vasculaire, l’acépromazine est hypotenseur. En étant un bloqueur alpha, il cause une vasodilatation périphérique qui entraîne logiquement une hypotension. Pourquoi l’hypotension est-elle intéressante? Puisqu’elle facilite la ligature du canal aortique lors de la chirurgie. Il est important de pouvoir faire de bonnes ligatures puisque le risque d’hémorragie est important. Il est à remarquer qu’un retour du canal se produit dans 1.5% des cas pendant dans les deux mois suivant la chirurgie.

Toutefois, il est essentiel de maintenir la pression artérielle dans les limites physiologiques, avec une pression artérielle moyenne ne descendant pas en dessous de 60 mmHg. La vasodilatation périphérique peut induire une diminution de la précharge, ce qui va réduire le débit cardiaque.

Il faut éviter d’utiliser cette drogue chez des patients ayant des problèmes neurologiques puisqu’elle abaisse le seuil de déclenchement des convulsions. Il faut aussi l’éviter chez des animaux présentés en hypovolémie puisque l’effet hypotenseur de l’agent deviendrait alors exagéré. Le midazolam peut être utilisé dans les cas douteux. Finalement, il est conseillé de diminuer les doses d’agents anesthésiques, en ce compris l'acépromazine comme agent de prémédication, utilisés puisque souvenons-nous que nous sommes en présence de patients pédiatriques.


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