Quels sont les débalancements hydriques, électolytiques et acide-base lors de diarrhée et vomissements chez le chien?

(Annie Bergeron)


L'état d'hydratation d'un animal peut être évalué à partir de données de laboratoire (augmentation de l'hématocrite, des protéines totales et du sodium...). Cependant, ces valeurs peuvent varier en fonction de d'autre critères que l'hydratation. C'est pourquoi on se base généralement surtout sur les signes cliniques (par exemple, la persistance du pli cutané, la sécheresse des muqueuses, le temps de remplissage capillaire, etc).

Les déséquilibres électrolytiques et acide-base sont idéalement évalués en laboratoire. Si cette technique n'est pas disponible, on peut tenter de présumer quels sont ces débalancements, mais dans ce cas, le risque de se tromper demeure relativement élevé.

Lors de vomisssements, en plus des pertes d'eau, il y a des pertes de Cl- et de K+ (en quantité proportionnellement plus élevée que la quantité d'eau perdue, ce qui fait que l'animal se retrouve en hypochlorémie et en hypokaliémie) ainsi que du Na+ (en quantité proportionnellement moindre que la quantité d'eau perdue, ce qui fait que l'animal se retrouve en hypernatrémie malgré une diminution de la quantité absolue de Na dans l’organisme). De plus, certains facteurs peuvent faire varier la composition du vomitus. Le jeûne par exemple, tend à faire augmenter la quantité de Na et diminuer celle de H Cl. L'accès à l'eau de boisson chez un animal qui vomit diluera les fluides corporels entrainant ainsi une aggravation de l'hypochlorémie/hypokaliémie et possiblement une hyponatrémie. Des vomissemments faisant suite à une obstruction intestinale distale au site de déversement des sécrétions hépatiques et pancréatiques s'accompagnera de pertes de HCO3...

La diarrhée entraine des pertes de HCO3, K ainsi que de Na et Cl en plus des pertes d'eau.

Le pH sanguin est difficile à évaluer puisqu'il dépend à la fois de l'importance de la diarrhée (cause une acidose à cause des pertes de HCO3) par rapport au vomissement (cause une alcalose à cause des pertes de H Cl) ainsi que de l'état d'hydratation de l'animal; la diminution de perfusion périphérique consécutive à la déshydratation s'accompagne d'une accumulation d'acide lactique. Le pH sanguin est donc une question d'équilibre entre ces différerents facteurs... on pourrait même se retrouver avec un pH normal!

Comment rétablir l'équilibre hydrique, électrolytique et acide-base?

La solution de remplacement idéale est le LRS. Celle ci n'est ni acidifiante ni alcalinisante (ce qui est favorable puisque l'animal peut être soit en alcalose soit en acidose), contient de bonnes quantités de Na et de Cl ainsi qu'un peu de K. La quantité de K est cependant généralement insuffisante pour les besoins de l'animal; on peut donc ajouter au LRS environ 15 meq/L de K et ce, en toute sécurité.

La quantité de fluides de remplacement nécessaire s'obtient en multipliant le pourcentage de déshydratation évalué à l'examen clinique par le poids en kilogrammes de l'animal; on obtient ainsi le nombre de litres de solution nécessaire. Le taux d'administration s'obtient par un calcul simple, en considérant que l'animal devrait être réhydraté en 6 à 8 heures (2 à 24 heures).

La voie d'administration à favoriser est la voie intraveineuse ou intramédullaire si l'animal est déshydraté au point où il y a un collapsus vasculaire et que la cathétérisation veineuse est impossible. Il faut éviter la voie sous-cutanée car lors de déshydratation, la vasoconstriction périphérique ralenti l'absorption des fluides ainsi administrés; les fluides ne devraient pas être administrés PO non plus car lors de diarrhée/vomissement l'absorption intestinale est incertaine (de toute façon, le jeûne fait partie de la thérapeutique).

Quelle est l'importance de la fluidothérapie pré-anesthésique chez un patient déshydraté?

La fluidothérapie pré-anesthésique n'est pas importante seulement chez les animaux déshydratés: tout animal qui subit une intervention sous anesthésie générale mérite ses fluides et ce, même s'il est jeune, en santé et qu'il s'agit d'une procédure élective.

Chez un animal déshydraté, la fluidothérapie fait partie de la stabilisation du patient et contribue à faire diminuer le risque anesthésique.

D'une façon concrète, il y a diminution du risque de choc hypovolémique chez un animal qui, à cause de sa déshydratation, est peut-être déjà en hypovolémie. D'autre part, il pourra y avoir des pertes de fluide additionnelles en cours d'anesthésie ( pertes de sang et évaporation d'eau au niveau des organes exposés lors d'une chirurgie, par exemple). D'autre part, plusieurs agents anesthésiques (pré-anesthésique/induction/maintien) produisent des effets hypotenseurs, mentionnont à cet effet l'acépromazine et le thiopental.

La fluidothérapie chez un animal déshydraté favorisera une bonne perfusion rénale et évitera ainsi que des agents dont une proportion est éliminée sous forme inchangée dans l'urine ne s'accumule dans le sang (entrainant ainsi une prolongation de leurs effets). Ceci est particulièrement vrai pour le glycopyrrolate et l'atropine mais aussi pour plusieurs autres dont le butorphanol, l'acépromazine, la kétamine...

En conclusion...

Tout animal déshydraté, qulle qu'en soit la cause mérite que son état d'hydratation, électrolytique et acide-base soit rétablit avant une anesthésie. L'importance de cette étape est telle, qu'il est généralement justifié de retarder un peu une intervention afin de la remplir, et ce, même lors de la plupart des situations considérées comme des urgences...


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