Dysplasie

 

Diagnostic

 

1- Anamnèse

Les données recueillies permettent d’orienter le diagnostic sans, par contre, le confirmer puisque aucun symptôme n’est pathognomonique de la dysplasie de la hanche. Les renseignements serviront à l’élaboration du plan diagnostique et thérapeutique.

2- Examen physique

L’examen physique doit être complet puisque la présence d’une maladie concomitante est relativement fréquente autant chez le chien en croissance que chez le chien adulte :

  • Chien en croissance : O.C.D. (épaule, coude, genou, tarse), luxation de rotule, anomalie cardiaque congénitale…

  • Chien adulte : rupture du ligament croisé cranial, myélopathie compressive ou dégénérative, tumeur osseuse, pathologie cardiaque…

Démarche 

Le chien normal a une amplitude de mouvement normale et les pattes sont gardées parallèles et espacées (largeur du bassin = base large). À la course, les membres pelviens touchent le sol successivement tout en gardant une base large. Classiquement, le chien dysplasique a une amplitude de mouvement diminuée (foulée de faible amplitude), les pieds convergent et sont rapprochés ( ¹ base étroite ). Il hésite a trotter et a courir et lorsqu'il le fait, les membres pelviens touchent le sol simultanément tout en gardant une base étroite (saut de lapin). Pour compenser cette faible amplitude de mouvement et réduire l'inconfort, certains chiens adoptent une démarche particulière: 

  • Balancement du train arrière avec rotation et abduction des membres pelviens (¹ chaloupement)

  • Foulés de petite amplitude au train arrière (¹ base étroite)

  • Hyper extension des tarses en station et en phase de propulsion (¹ revirement tarses)

  • Transfert du poids vers les membres thoraciques.

Le patient peut ou non démontrer une boiterie dont la sévérité est variable. Cette boiterie est plus facilement perceptible lorsqu’elle est unilatérale ou asymétrique. L'animal peut choisir de soulager son inconfort en transférant du poids vers les membres thoraciques. Occasionnellement, le chien en croissance passe d'une base étroite à une base large ce qui lui permet de "réduire sa hanche subluxée" et ainsi améliorer son confort.

Examen physique (¹ examen de la hanche)

L’animal dysplasique démontre un degré variable d’atrophie musculaire de la cuisse (symétrique ou asymétrique). Le degré d’atrophie musculaire reflète la chronicité de la boiterie, mais aussi l’ampleur de l’inconfort. 
L’extension de la hanche et l’abduction/rotation externe de la hanche provoque des signes d’inconforts ou de douleur chez le patient dysplasique. Attention, l’extension de la hanche provoque aussi de la douleur aux chiens souffrants de pathologies lombaires (basses) ou lombosacrées.(f
igure 10- figure 11)
La rotation, l’extension, la flexion et l’abduction de la hanche permettent d’évaluer l’intégrité de la surface articulaire. La perception de crépitement indique qu’il y a remodelage articulaire alors que la perception de ‘friction’ indique qu’il y a érosion du cartilage articulaire.
Chez le chien en croissance, on porte une attention particulière à l’identification d’une laxité articulaire puisqu’elle est à la base du processus de la dysplasie de la hanche. Cette laxité est, par contre, difficile à identifier sur un patient conscient de sorte qu’une évaluation sous anesthésie, ou sédation profonde, est préférable. Test : la laxité coxofémorale dynamique peut être évaluée en mettant les mains sur les hanches du patients pendant la marche (¹ 
laxité). Il y a laxité dynamique s’il y a évidence d’un déplacement dorsal et latéral du grand trochanter ou perception d’un ‘cloc’ lorsque le membre est mis en charge. Ce test est très peu sensible et requiert une certaine expérience.

3- Palpation sous anesthésie ou sédation profonde

L’examen des hanches sous anesthésie (ou sédation profonde) est surtout important chez le chien en croissance et sert principalement à mettre en évidence la présence (ou absence) et le degré de laxité articulaire (passive). Cette évaluation est particulièrement importante pour :

  • Le diagnostic précoce de la dysplasie de la hanche (chien asymptomatique).
  • Déterminer si le patient nécessite une triple ostéotomie du bassin (chien plus ou moins symptomatique).
  • Déterminer si le patient est un candidat pour la triple ostéotomie du bassin (chien symptomatique).

La laxité articulaire passive détectable par palpation s’évalue par l’une ou plusieurs des méthodes suivantes :

  • Méthode d’Ortolani et angle de réduction.
  • Méthode de Barlow et angle de subluxation.
  • Méthode de Barden 

Méthode d’Ortolani et angle de réduction :

Le test se fait en décubitus latéral ou dorsal. L’angle de réduction se mesure en décubitus dorsal.

Méthode 
(¹ examen Ortolani lateral )
Décubitus latéral
(Figure 12): le patient est en décubitus latéral, le fémur perpendiculaire à la colonne vertébrale. Le manipulateur est derrière l’animal, une main tenant solidement le genou, l’autre s’appuyant sur la colonne vertébrale à la hauteur des hanches. Une légère pression est appliquée dans l’axe du fémur en direction de l’acétabule tout en effectuant une abduction. Le test est positif s’il y a perception d’un ‘cloc’ lors de l’abduction.
Décubitus dorsal
(¹ examen Ortolani dorsal ) (Figure 13): le patient est placé en décubitus dorsal, les fémurs perpendiculaires à la colonne vertébrale. Le manipulateur est derrière l’animal, une main sur chaque genou. Les genoux sont en contact. Une légère pression est appliquée dans l’axe du fémur vers l’acétabule, tout en effectuant une abduction. Le test est positif s’il y a perception d’un ‘cloc’ lors de l’abduction. L’angle de réduction représente l’angle mesuré entre le fémur au moment de la perception du ‘cloc’ et une ligne verticale imaginaire.

Interprétation
Lorsqu’il y a étirement capsulaire et ligamentaire coxofémoral, il y a subluxation dorsale de la tête fémorale suite à la pression appliquée dans l’axe du fémur vers l’acétabule. Le ‘cloc’ correspond au retour de la tête fémorale dans l’acétabule. (
Figure 14)
Un signe d’Ortolani positif signifie qu’il y a présence de laxité passive donc étirement capsulaire et ligamentaire coxofémoral. L’absence d’un signe d’Ortolani indique qu’il n’y a pas de laxité passive donc pas d’étirement capsulaire et ligamentaire coxofémoral perceptible. La hanche peut être normale ou sévèrement dysplasique (remodelage osseux et fibrose capsulaire).  (
Figure 15)

Le degré de l’angle de réduction augmente proportionnellement à l’étirement capsulaire et ligamentaire. Les chances de développement d’arthrose coxofémorale augmentent avec l’angle de réduction. Le perception de l’angle de réduction diminue progressivement avec la progression des lésions d’arthrose coxofémorale.

Méthode de Barlow et l’angle de subluxation : 

 

Ce test, ainsi que la mesure de l’angle de subluxation, s’effectuent en décubitus dorsal. 

Méthode  
(¹ Barlow )
C’est l’inverse de la méthode d’Ortolani, c’est-à-dire que le test débute avec les fémurs en abduction. La pression dans l’axe des fémurs, vers l’acétabule, se fait tout en adductant les membres(
Figure 16). Le test est positif lorsqu’il y a perception de subluxation coxofémorale . L’angle de subluxation représente l’angle mesuré entre le fémur au moment de la subluxation et une ligne verticale imaginaire.(Figure 17)Figure 17)

Interprétation
Comme pour la méthode d’Ortolani ce test indique qu’il y a étirement capsulaire et ligamentaire. Par contre, il nous informe davantage sur l’intégrité de l’acétabule. Ainsi, l’angle de subluxation augmente avec l’usure progressive du rebord dorsal acétabulaire et le remplissage de la cavité acétabulaire (
figure 18). La perception de la subluxation devient graduellement plus difficile avec l’évolution des lésions d’arthrose.

 

Méthode de Barden 

Ce test, quoique moins utilisé, permet aussi une évaluation de la laxité articulaire passive. L’appréciation de la laxité articulaire est cependant plus subjective que les méthodes précédentes. 

Méthode  
(¹ barden )
Le patient est en décubitus latéral. Le manipulateur est derrière le patient. Le membre évalué est saisi d’une main dans son tiers proximal, la paume contre la portion craniale du membre. L’autre main est déposée dorsalement au grand trochanter avec le pouce et les autres doigts localisés de part et d’autre de celui-ci (
figure 19)figure 19). Une force latérale est appliquée au niveau de la portion proximale du fémur par la première main alors que l’autre main, d’une part, résiste à ce mouvement et d’autre part, perçoit le déplacement latéral du grand trochanter par l’entremise des doigts localisés de part et d’autre de celui-ci. Le test est positif lorsqu’il y a déplacement latéral du petit trochanter.(figure 20)

 

Interprétation
Comme pour la méthode d’Ortolani, ce test indique qu’il y a étirement capsulaire et ligamentaire. 

 

4- L’examen radiologique 

C’est présentement le seul moyen diagnostique définitif de la dysplasie de la hanche. 

La projection ventrodorsale en extension du bassin (O.F.A.) (Figure 21)

C’est la plus utilisée des techniques radiologiques. C’est une évaluation subjective de l’articulation coxofémorale. Elle cherche à mettre en évidence la présence ou l’absence, ainsi que la sévérité des lésions suivantes:
  • L’incongruité coxofémorale
  • L’arthrose coxofémorale
  • Le remodelage coxofémoral.

Cette projection radiologique est très sensible pour détecter les changements dégénératifs de l’articulation coxofémorale (arthrose). Elle est donc un outil de travail primordial dans l’établissement du plan thérapeutique.
Par contre, elle est moins sensible pour détecter l’incongruité articulaire, seule lésion souvent visible chez le chien en croissance. Cette incongruité est, de plus, fortement influencée par la position du patient lors du cliché radiologique. Pour ces raisons, il est primordial de respecter les critères techniques ci-dessous lors de l’évaluation d’un chien en croissance ou lors de l'évaluation d'un sujet reproducteur. Ceci requiert généralement une anesthésie générale ou une sédation profonde. 
Chez l’adulte symptomatique, par contre, la rigueur du positionnement est moins importante puisque les lésions d’arthrose se détectent plus facilement par cette méthode radiologique et qu’elles sont beaucoup moins influencées par le positionnement du patient. L’anesthésie générale n’est donc pas primordiale dans cette situation.

 

Technique (figure 22 et figure 23) ( ¹ radio ofa)
  • Décubitus dorsal
  • Patient en légère traction
  • Fémurs parallèles
  • Rotules au centre de la trochlée fémorale
  • Colonne vertébrale et bassin bien droits

Anatomie normale de l’articulation coxofémorale du chien : (figure 24) 
Acétabule (planche anatomique) figure 34

 

  1. Bord cranial efficace
  2. Bord dorsal
  3. Bord caudal
  4. Surface médiale
  5. Échancrure acétabulaire

Fémur (planche anatomique)  figure 2

  1. Tête fémorale
  2. Fovea capitis
  3. Col fémoral
  4. Grand trochanter
  5. Petit trochanter

Apparence radiologique de l’articulation coxofémorale normale :  (Figure 25)

Tissus mous

Congruité articulaire : coaptation parfaite de la tête fémorale et de l’acétabule; surfaces articulaires concentriques et espace articulaire uniforme

Structures osseuses

Fémur 

  1. Tête fémorale ronde et régulière 
  2. Col fémoral lisse et légèrement concave

Acétabule 

  1. Acétabule concave et profond 
  2. Bord cranial efficace de l’acétabule bien défini et d’angle droit
  3. Bord dorsal de l’acétabule droit ou légèrement concave 

Apparence radiographique de la hanche dysplasique 

Lésions aux tissus mous (Figure 26 et Figure 27)

Divergence des surfaces articulaires

Lésions osseuses

Remodelage et arthrose acétabulaire (figure 28)
  1. Usure du bord dorsal et du bord cranial efficace (a)
  2. Usure du bord dorsal (b)
  3. Remplissage et déformation (c)
  4. Osteophytes / enthesiophytes : cranial, dorsal, caudal (d)
Remodelage et arthrose femorale (figure 29)
  1. Déformation et aplatissement (a)
  2. Remplissage du col fémoral (b)
  3. Osteophytes osteochondraux (c)
  4. Enthesiophytes a/n du col (Ligne de Morgan) (d)

L’apparence des lésions et leur sévérité varient selon l’âge de l’animal, la chronicité et l’ampleur de la maladie. Classiquement, le chien en croissance montre des signes d’incongruité articulaire avec peu de changements osseux (figure 30) alors que l’adulte montre principalement des lésions d’arthrose et de remodelage osseux.(figure 31)

Mesure de l’angle de Norberg-Olsson  : Celle-ci se mesure à partir de la projection ventrodorsale du bassin. Cette mesure permet d’objectiver l’incongruité articulaire, donc de quantifier la laxité articulaire coxofémorale apparente. Son utilité est réduite dans un contexte clinique puisqu’elle ajoute peu d’informations utiles à l’établissement du plan thérapeutique. 

 

Technique : Une ligne est tracée entre le centre géométrique des têtes fémorales. Pour chaque hanche, une seconde ligne est tracée du centre de la tête fémorale jusqu’au bord cranial efficace de l’acétabule. L’angle mesuré entre les deux lignes correspond à l’angle de Norberg-Olsson.(figure 32)

 

Interprétation : La congruence articulaire s’améliore avec l’angle. La majorité des chiens avec un angle égal ou supérieur à 105 degrés sont considérés normaux alors qu’un angle inférieur à 105 degrés serait considéré comme anormal. Par contre, beaucoup de chiens normaux (sans évidence d’arthrose) ont un angle inférieur à 105 degrés.

 

La vue du rebord acétabulaire dorsal (D.A.R. view)

 

Cette incidence radiologique complémentaire (utilisation et utilité restreintes) permet de visualiser avec plus de précision le rebord acétabulaire dorsal. Cette radiographie peut être utilisée pour le diagnostic précoce de la dysplasie de la hanche, mais elle sert principalement à évaluer l’intégrité du rebord dorsal de l’acétabule et la pente (inclinaison) acétabulaire lors de l’évaluation préopératoire de la triple ostéotomie du bassin ou lors du suivi de l’évolution des hanches de chiens en croissance dont la conformation est douteuse.

 

Technique  (¹ radio dar (Figure 35)

L’examen se fait sous anesthésie générale. L’animal est placé en décubitus ventral, les pattes arrières dirigées vers l’avant de part et d’autre du thorax du patient. Les cuisses sont liées au tronc et les tarses sont soulevés (+/- 5 cm). Le faisceau radiologique traverse l’axe long du bassin.

 

Apparence radiologique de la hanche normale (Figure 36)

  • Rebord dorsal acétabulaire pointu ou légèrement arrondi 
  • Pente acétabulaire peu accentuée (moins de 5 degrés)
  • Congruité articulaire 

Apparence radiologique de la hanche dysplasique : (Figure 37) (Figure 38)

  • Bord dorsal acétabulaire usé (d)
  • Pente acétabulaire accentuée (e)
  • Incongruité articulaire possible 

Mesure de la pente acétabulaire : Une tangente à la surface articulaire de l’acétabule est tracée du point de contact latéral de la tête fémorale avec l’acétabule. L’angle est mesuré entre cette tangente et une ligne perpendiculaire à l’axe du bassin. (Figure 39)

 

Interprétation : Les risques de dysplasie de la hanche augmentent avec le degré de la pente acétabulaire.

 

La projection ventrodorsale du bassin avec stress latéral (PennHIP) (Figure 40)  
(www.vet.upen.edu/researchcenters/pennhip//)

 

Cette technique a été développée afin de mieux quantifier la laxité articulaire coxofémorale, faiblesse de la projection ventrodorsale en extension. En mesurant l’importance de cette laxité articulaire et sachant que les risques d'arthrose augmentent avec le degré de laxité, cette technique permet :

  • D’établir, chez un jeune chien, les probabilités de développement d’arthrose coxofémorale à l’âge adulte; détection précoce 
  • Identifier les individus avec le meilleur potentiel génétique en matière de laxité coxofémorale ; sélection des sujets reproducteurs. 

Technique : ( ¹ radio PennHip) L’examen se fait sous anesthésie générale à partir de l’âge de 4 mois. Le patient est en décubitus dorsal, les membres en position neutre (figure 41). Une radiographie en extension, en compression et une radiographie avec «stress latéral» (figure 42) sont effectuées. L’importance du déplacement latéral de la tête fémorale est mesurée à partir de ces radiographies avec «stress latéral» et représente l’index de laxité (distraction index). L’index de laxité mesure la laxité coxofémorale maximale (figure 43). Les valeurs de l’index de laxité varient entre 0 et 1. 

Interprétation 

  • Index de laxité de 0 = aucune laxité articulaire
  • Index de laxité de 1 = tête fémorale complètement hors de l’acétabule.
  • Index de laxité de 0,6 indique une laxité 2 fois plus importante qu’un index de 0,3

Les études démontrent qu’il y a une forte corrélation entre l’index de laxité et le développement éventuel d’arthrose coxofémorale. 
Exemple : Chez le Labrador,

  • Index de laxité < 0,3 = faible probabilité d’arthrose 
  • Index de laxité entre 0,3 et 0,7 = probabilité modérée d’arthrose 
  • Index de laxité > 0,7 = probabilité élevée d’arthrose 

On note des variations reliées à la race quant à la probabilité de développement d’arthrose par rapport à l’index de laxité. Le Rottweiller par exemple tolère beaucoup mieux un degré élevé de laxité coxofémorale par rapport au Berger allemand. Il est donc hasardeux d’utiliser les valeurs obtenues chez une race pour prédire l’avenir de la hanche d’un chien d’une autre race.

 

Certification : Aucune certification n’est émise par cet organisme. L’index de laxité de l’animal est calculé et comparé à celui des chiens de sa race (banque de données) et on lui attribue un rang centile. On recommande de reproduire les meilleurs sujets de la race, soit les meilleurs 50% (figure 44).